Est-il vrai qu’en France un homme meurt tous les treize jours sous les coups de sa conjointe ?
Vous faites allusion à une déclaration de la députée LREM Claire O’Petit, le 30 avril, à l’Assemblée nationale, évoquant le cas des hommes «battus ou maltraités», et affirmant en guise d’exemple que dans plus d’un quart des affaires de violences conjugales, l’homme est une victime, et «qu’un homme meurt tous les treize jours sous les coups d’une femme.»
On trouve des statistiques dans l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple.
Cette étude annuelle, réalisée depuis une douzaine d’années, retient les meurtres, assassinats, empoisonnements et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. L’étude porte à titre principal sur les couples dits «officiels», à savoir les conjoints ou ex-conjoints, les partenaires de pacs ou ex-partenaires de pacs et les concubins ou ex-concubins. L’étude, au-delà de la commission du fait en lui-même, s’attache également au contexte dans lequel la mort est survenue : lieu des faits, type d’arme utilisé le cas échéant, nature de la relation entre l’auteur et la victime, etc.
La dernière étude publiée porte sur les données de l’année 2017. Cette année-là, l’étude recense 151 décès au sein du couple, dont 130 femmes. La majeure partie (109) des victimes de sexe féminin l’étaient au sein d’un couple officiel (conjoint, concubin, pacsé ou ex). La minorité restante (21) l’étaient au sein de couples non officiels (petit ami, amant, relation épisodique ou ex).
Le nombre de décès parmi les hommes s’élève à 21, en majorité là aussi au sein de couples officiels (16).
Sur une année, cela revient à un décès d’un homme tous les dix-sept jours (en tenant compte des couples officiels et non officiels).
Le chiffre, cité par la députée Claire O’Petit, d’un homme mort tous les treize jours est probablement tiré du bilan de l’année 2016, où le nombre de victimes masculines (au sein des couples officiels) était plus important (28).
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Sur les cinq dernières années, et en restant au sein des couples officiels, le nombre des décès chez les hommes varie entre 16 et 28. Celui des femmes entre 109 et 121. A noter que le nombre de décès chez les deux sexes est plutôt en baisse depuis une dizaine d’années.
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Dans plus de 60 % des cas, la femme ayant commis l’homicide avait été victimes de violences antérieures
Si les chiffres cités par Claire O’Petit concernant les victimes de sexe masculin sont proches de la réalité, ils ne sont pas forcément les plus signifiants pour illustrer, comme prétend le faire la députée, le cas des hommes «battus ou maltraités.»
En effet, dans la majorité des cas, les femmes ayant commis l’homicide étaient préalablement victimes de violence de la part de leur partenaire.
C’est un des enseignements de l’étude pour l’année 2017 portant sur les 125 homicides au sein du couple officiel enregistrés cette année. Dans 11 cas sur les 16 où l’auteur de l’homicide est une femme, la victime masculine avait commis des violences antérieures sur sa partenaire, soit 68,8 % des affaires.
Dans 9 cas sur les 109 où l’auteur de l’homicide est un homme, la victime féminine avait commis des violences antérieures sur son partenaire, soit 8,3 % des affaires. Dans ces 9 cas, les violences étaient réciproques au sein du couple.
Dans l’étude portant sur 2016, ces pourcentages étaient proches :
Dans 17 cas sur les 28 où l’auteur de l’homicide était une femme (soit 60,71 %), la victime masculine avait commis des violences antérieures sur sa partenaire. Dans 5 cas sur les 109 où l’auteur de l’homicide était un homme (soit 4,59 %), la victime féminine avait commis des violences antérieures sur son partenaire.
Cordialement
par Cédric Mathiot